L’espoir des libé­raux serait-il au Modem ?

Ecrit par Ben Tuesday, 23 Mar, 2010

Au sor­tir d’une cam­pagne qui se sera dis­tin­guée par la pla­ti­tude crasse des petites polé­miques qui n’intéressent plus guère que des acteurs poli­tiques en mal d’idées et des jour­na­listes avides de sen­sa­tion­na­lisme, les résul­tats des élec­tions montrent une fois de plus com­bien les consi­dé­ra­tions de nos hommes poli­tiques sont éloi­gnées des aspi­ra­tions de la popu­la­tion. Les élec­teurs (ceux qui n’étaient pas à la pêche) ont recon­duit la plu­part des pré­si­dents sor­tant socia­listes pour un nou­veau man­dat de 4 ans.

Vingt-et-une régions métro­po­li­taines sont désor­mais dans le giron socia­liste, tan­dis que l’UMP n’a pu sau­ver que l’Alsace, la Réunion et la Guyane. Le Parti Socia­liste n’a pas man­qué de célé­brer cette « vic­toire » et n’a pas boudé son plai­sir en arguant que ce résul­tat est la sanc­tion des Fran­çais à la poli­tique du gou­ver­ne­ment. Un triom­pha­lisme dont devrait bien se gar­der la gauche, aux vues des appé­tits pré­si­den­tiels qui n’ont pas tardé à se faire entendre dès l’annonce des résul­tats. L’observateur tatillon res­tera mal­gré tout sur sa faim, convaincu que lorsqu’un élec­teur sur deux ne prend pas la peine de se dépla­cer pour aller voter, nul parti ne peut se gaus­ser d’une quel­conque vic­toire. S’il y a en effet une grande per­dante, ce n’est pas l’UMP, c’est bien la poli­tique elle-même.

Les scores offi­ciels gra­ti­fient res­pec­ti­ve­ment la gauche, l’UMP et le Front Natio­nal de 54%, 36% et 8,1%. Mais si l’on tient compte de l’abstention, 53% au pre­mier tour, 48% au second tour, la gauche ne récolte plus guère que 26% des suf­frages, la majo­rité pré­si­den­tielle 18% et le FN ne dépasse même pas les 5%. Dif­fi­cile de dépar­ta­ger les per­dants face à de tels scores.

Pre­mier constat, c’est qu’en dépit de résul­tats en trompe l’œil, les choses n’ont pas beau­coup bougé depuis 2004. Il faut com­pa­rer ce qui est com­pa­rable : com­pa­rer le score des régio­nales à celui des euro­péennes n’est guère per­ti­nent. Voici un petit com­pa­ra­tif des suf­frages entre 2004 et 2010, trouvé sur le blog Meil­cour. On le voit, la gauche (PS + vert) reste glo­ba­le­ment au même niveau, avec tou­te­fois un trans­fert des voix du PS vers les écolo­gistes. La droite quant à elle ne bouge pas beau­coup. Dans ces condi­tions, la vic­toire de la gauche appa­raît bien moins nette que ne l’annoncent ses grands ténors.

A noter tout de même deux reculs nets : celui Font Natio­nal, contrai­re­ment à ce qu’un cer­tain nombre de médias ont titré, qui passe de 12% à 8%, et sur­tout celui du Modem qui est le vrai per­dant de ces élec­tions. La Presse est d’ailleurs une maî­tresse bien infi­dèle. Fran­çois Bay­rou qui était l’idole des médias entre les deux tours de la pré­si­den­tielle et pen­dant les semaines qui ont suivi, est qua­si­ment invi­sible de la sphère publique depuis le début de la cam­pagne. Il récolte les fruits d’une stra­té­gie qui a éloi­gné du Modem la plu­part de ses cadres et qui n’a cessé de décon­te­nan­cer ses par­ti­sans. Tam­bour bat­tant au seul son de ses ambi­tions pré­si­den­tielles, le pré­sident du Modem a conduit le parti dans le mur. Oubliant les valeurs chré­tiennes et libé­rales héri­tées de l’UDF, son oppo­si­tion sys­té­ma­tique avec l’UMP l’a mené à un rap­pro­che­ment illé­gi­time avec le Parti socia­liste. La confu­sion des valeurs et des tac­tiques de Fran­çois Bay­rou ont achevé de le mar­gi­na­li­ser. Le phé­nix renaitra-t-il de ses cendres ? Dif­fi­cile à dire, bien que les échecs répé­tés devraient pous­ser la direc­tion à chan­ger radi­ca­le­ment de cap autant que de pré­sident. Le départ de M. Bay­rou serait sans doute une excel­lente nou­velle pour le Modem qui pour­rait rede­ve­nir ce parti de centre droit au sein duquel les libé­raux pour­raient faire entendre une voix dont s’éloigne sans cesse l’UMP. L’espoir pour­rait être au Modem pour ceux qui n’acceptent pas le tout-étatique et la déres­pon­sa­bi­li­sa­tion per­ma­nente. Affaire à suivre, donc.

L’UMP qui ne peut s’en prendre qu’à elle-même pour jus­ti­fier cet échec. Le bilan catas­tro­phique de Nico­las Sar­kozy a mécon­tenté une grande par­tie de la droite qui s’est senti tra­hie. Trois années de règne qui ont été mar­quées par l’accumulation de polé­miques, de dos­siers mal fice­lés, des pro­messes non tenues (hausse des impôts), des lois ineptes et mal pen­sées (Hadopi, Loppsi, niches fis­cales, taxe car­bone, etc.), ainsi qu’un échec mani­feste sur le front du chô­mage et de la crois­sance ont fait des dégâts dans les rangs des élec­teurs de la majo­rité. Hélas, lorsqu’on pré­tend que l’Etat peut tout, il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’un retour de bâton quand les gens com­mencent à s’apercevoir que l’interventionnisme ne résout rien. Dif­fi­cile de mobi­li­ser son élec­to­rat dans ces condi­tions. C’était d’ailleurs sans comp­ter les ravages faits par les décla­ra­tions navrantes d’une ministre de l’économie qui n’a trouvé pour seule défense que d’accuser les voi­sins de faire trop bien. Il y’a de quoi déses­pé­rer par­fois. En atten­dant, on ne chôme pas entre les deux tours.

Au détour des curio­si­tés de ce scru­tin : cet amu­sant appel du 22 mars fait par Daniel Cohn-Bendit dans les bonnes pages de Libé­ra­tion. Pour rap­pel, ce der­nier appelle à une « nou­velle façon de faire de la poli­tique » lui dont les papates gour­mandes tapent dans tous les pots de miel poli­tiques (trots­kisme, écolo­gie, jolies colo­nies de vacances, dépu­ta­tion en Alle­magne quand le vent tourne, etc etc.) et dont les sen­si­bi­li­tés jouent au yoyo depuis pas loin de 40 ans. Amu­sant, amusant.

Bref, un bien piètre bilan pour ces élec­tions qui auraient mérité mieux : un débat sur le grand Paris, sur la réforme des amé­na­ge­ments du ter­ri­toire, sur la réforme des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, sur la néces­saire décen­tra­li­sa­tion du pou­voir encore trop timo­rée, etc., etc. Ces débats atten­dront et c’est bien dom­mage. Seule cer­ti­tude : si rien ne change, encore plus d’abstention à venir et encore plus de rejet de la politique.

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8 Réponses à “L’espoir des libé­raux serait-il au Modem ?”

  1. Le Modem pos­sible recours des libé­raux ! .… anti­no­mie totale !
    D’abord, dimanche ce n’est pas la gauche qui a triom­phé et la France qui devient à nou­veau à gauche, mais c’est sim­ple­ment — la gauche des pro­fi­teurs de l’Etat réa­li­sant tou­jours le même nombre de voix pour défendre son “os — les élec­teurs de droite qui n’ayant plus de cham­pions sont res­tés chez eux ! Pas plus dif­fi­cile à ana­ly­ser que cela.
    L’UMP et ses men­teurs ne sont plus cré­dibles et ne seront plus cré­dibles pour repré­sen­ter une force d’opposition à la gauche. Oublions la. Cette force d’opposition doit se construire ex-nihilo tant tous les par­tis exis­tant actuel­le­ment sont des construc­ti­vistes étatiques qui n’ont comme pro­gramme final que de mettre les indi­vi­dus sous tutelles. Comme pour réus­sir le redres­se­ment de la France il faut moins d’Etat et moins de ser­vices publics, aucun d’entre eux n’est qua­li­fié et ne serait pas cré­dible vis à vis de la majo­rité des fran­çais, à droite et qui se sont abs­te­nus.
    Alors le Modem en enle­vant son chef serait-il la struc­ture néces­saire pour y faire cette greffe ? L’arbre est vérolé, com­ment pen­ser qu’une telle greffe pour­rait prendre ? Autant aller faire cela sur le NPA de Besan­ce­not, car eux n’ont pas de struc­ture d’édiles locaux à faire vivre ce qu’à jus­te­ment le Modem comme tous les autres et qui est anti­no­mique de prê­cher demain pour moins d’Etat.
    Me direz-vous qu’il ne peut y avoir de conquête élec­to­rale en France sans avoir sur tout le ter­ri­toire ces réseaux d’influence par­ti­sans ! C’est aussi cela dont les abs­ten­tion­nistes ne veulent plus. Donc, avec les médias et inter­net en par­ti­cu­lier il s’agit de recons­truire un mou­ve­ment nou­veau mais avec un vrai pro­gramme de redres­se­ment de la France qui parle aux élec­teurs et les séduisent jusqu’à les faire retour­ner aux urnes et cela passe par un pro­gramme de salut public radi­cal qui passe déjà par la réduc­tion dras­tique de l’Etat et de son rôle pour demain.
    Avec bien sur déjà l’interdiction de blo­quer la France par les agents de ce même Etat. Sinon il n’y a pas de réformes pos­sibles comme on le voit depuis des décen­nies. etc etc.
    Tout le reste c’est faire de la poli­tique comme hier et on voit où cela mène, .… à rien.
    On peut bien sur attendre que ce soit le FMI qui nous l’impose ! Tout porte à croire main­te­nant que c’est pour bientôt.

  2. Il y a plus de libé­raux au MoDem que par­tout ailleurs, en dehors de l’Alliance Cen­triste et du Nou­veau Centre.
    Vous faites erreur sur Bay­rou : c’est le seul qui ne crache pas sur les libé­raux à l’heure actuelle. Pour ma part, j’aimerais faire évoluer ce parti vers une véri­table for­ma­tion libérale-sociale.
    Ce ‘n’est pas perdu, car il y a des bons fon­da­men­taux (défense de la libre entre­prise, souci de l’équilibre des comptes publics) en pré­am­bule dans le pro­jet de ce parti.
    Je tra­vaille à l’amendement pro­gres­sif de son pro­gramme. Vous ver­rez, les choses évolueront.

  3. Salut,

    @ Benoit : il me semble que c’est le choix stra­té­gique qui avait été fait par Alter­na­tive Libé­rale au moment de la pré­si­den­tielle (sou­tien à Bay­rou), et j’avais trouvé ça un peu con. Tu veux dire “infil­trer le modem et le trans­for­mer en parti libéral” ?

    @ L’hérétique : ça veut dire quoi “libéral-social” ?

  4. ça veut dire que je mets la liberté en pre­mier et le social en second, plu­tôt que social-libéral qui met le social en pre­mier et la liberté en second :-)

  5. Couronne

    Brillant, comme d’hab…

  6. Ben

    @Libéralisateur,

    je suis d’accord avec la plu­part des points que vous sou­le­vez. Tou­te­fois, je rejoins l’Hérétique lorsqu’il dit que le Modem est tra­vaillé par un cer­tain nombre de cou­rant de sen­si­bi­lité libé­rale. C’est Bay­rou qui a trahi sa base en menant la barre à gauche.

    @ Lomig

    Je pense que Bay­rou a vrai­ment fait beau­coup de mal au Modem. La stra­té­gie d’Alternative libé­rale aurait pu mar­cher, hélas, mal conduit, le Modem est allé dans le mur. Je suis sur qu’avec un lea­der moins tourné sur son nom­bril et plus à l’écoute des libé­raux, il y aurait beau­coup à faire. L’UMP est pourri et vérolé. C’est acquis. Le PS n’en par­lons même pas. Il reste le Modem. Une fois Bay­rou parti, il y aurait des choses inté­res­santes à faire. L’idée : un parti qui ne vise pas néces­sai­re­ment à mettre un bon­homme à la pré­si­dence mais qui vise à être un parti d’alliance et à faire pas­ser un cer­tain nombre d’idées dans un pro­gramme commun.

    Merci à vous tous pour vos com­men­taires :)

  7. @ L’hérétique : la liberté, je com­mence à savoir un peu ce que c’est. “le social”, c’est quoi exac­te­ment…? Ce terme est vague, et je n’aime pas trop les expres­sions comme libéral-social, ou jus­tice sociale, ou conflit social. Le mot social a la carac­té­ris­tique de vider de leur sens les mots aux­quels on l’accole. Donc, qu’entends-tu par “social” ?

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