L’espoir des libéraux serait-il au Modem ?
Au sortir d’une campagne qui se sera distinguée par la platitude crasse des petites polémiques qui n’intéressent plus guère que des acteurs politiques en mal d’idées et des journalistes avides de sensationnalisme, les résultats des élections montrent une fois de plus combien les considérations de nos hommes politiques sont éloignées des aspirations de la population. Les électeurs (ceux qui n’étaient pas à la pêche) ont reconduit la plupart des présidents sortant socialistes pour un nouveau mandat de 4 ans.
Vingt-et-une régions métropolitaines sont désormais dans le giron socialiste, tandis que l’UMP n’a pu sauver que l’Alsace, la Réunion et la Guyane. Le Parti Socialiste n’a pas manqué de célébrer cette « victoire » et n’a pas boudé son plaisir en arguant que ce résultat est la sanction des Français à la politique du gouvernement. Un triomphalisme dont devrait bien se garder la gauche, aux vues des appétits présidentiels qui n’ont pas tardé à se faire entendre dès l’annonce des résultats. L’observateur tatillon restera malgré tout sur sa faim, convaincu que lorsqu’un électeur sur deux ne prend pas la peine de se déplacer pour aller voter, nul parti ne peut se gausser d’une quelconque victoire. S’il y a en effet une grande perdante, ce n’est pas l’UMP, c’est bien la politique elle-même.
Les scores officiels gratifient respectivement la gauche, l’UMP et le Front National de 54%, 36% et 8,1%. Mais si l’on tient compte de l’abstention, 53% au premier tour, 48% au second tour, la gauche ne récolte plus guère que 26% des suffrages, la majorité présidentielle 18% et le FN ne dépasse même pas les 5%. Difficile de départager les perdants face à de tels scores.
Premier constat, c’est qu’en dépit de résultats en trompe l’œil, les choses n’ont pas beaucoup bougé depuis 2004. Il faut comparer ce qui est comparable : comparer le score des régionales à celui des européennes n’est guère pertinent. Voici un petit comparatif des suffrages entre 2004 et 2010, trouvé sur le blog Meilcour. On le voit, la gauche (PS + vert) reste globalement au même niveau, avec toutefois un transfert des voix du PS vers les écologistes. La droite quant à elle ne bouge pas beaucoup. Dans ces conditions, la victoire de la gauche apparaît bien moins nette que ne l’annoncent ses grands ténors.
A noter tout de même deux reculs nets : celui Font National, contrairement à ce qu’un certain nombre de médias ont titré, qui passe de 12% à 8%, et surtout celui du Modem qui est le vrai perdant de ces élections. La Presse est d’ailleurs une maîtresse bien infidèle. François Bayrou qui était l’idole des médias entre les deux tours de la présidentielle et pendant les semaines qui ont suivi, est quasiment invisible de la sphère publique depuis le début de la campagne. Il récolte les fruits d’une stratégie qui a éloigné du Modem la plupart de ses cadres et qui n’a cessé de décontenancer ses partisans. Tambour battant au seul son de ses ambitions présidentielles, le président du Modem a conduit le parti dans le mur. Oubliant les valeurs chrétiennes et libérales héritées de l’UDF, son opposition systématique avec l’UMP l’a mené à un rapprochement illégitime avec le Parti socialiste. La confusion des valeurs et des tactiques de François Bayrou ont achevé de le marginaliser. Le phénix renaitra-t-il de ses cendres ? Difficile à dire, bien que les échecs répétés devraient pousser la direction à changer radicalement de cap autant que de président. Le départ de M. Bayrou serait sans doute une excellente nouvelle pour le Modem qui pourrait redevenir ce parti de centre droit au sein duquel les libéraux pourraient faire entendre une voix dont s’éloigne sans cesse l’UMP. L’espoir pourrait être au Modem pour ceux qui n’acceptent pas le tout-étatique et la déresponsabilisation permanente. Affaire à suivre, donc.
L’UMP qui ne peut s’en prendre qu’à elle-même pour justifier cet échec. Le bilan catastrophique de Nicolas Sarkozy a mécontenté une grande partie de la droite qui s’est senti trahie. Trois années de règne qui ont été marquées par l’accumulation de polémiques, de dossiers mal ficelés, des promesses non tenues (hausse des impôts), des lois ineptes et mal pensées (Hadopi, Loppsi, niches fiscales, taxe carbone, etc.), ainsi qu’un échec manifeste sur le front du chômage et de la croissance ont fait des dégâts dans les rangs des électeurs de la majorité. Hélas, lorsqu’on prétend que l’Etat peut tout, il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’un retour de bâton quand les gens commencent à s’apercevoir que l’interventionnisme ne résout rien. Difficile de mobiliser son électorat dans ces conditions. C’était d’ailleurs sans compter les ravages faits par les déclarations navrantes d’une ministre de l’économie qui n’a trouvé pour seule défense que d’accuser les voisins de faire trop bien. Il y’a de quoi désespérer parfois. En attendant, on ne chôme pas entre les deux tours.
Au détour des curiosités de ce scrutin : cet amusant appel du 22 mars fait par Daniel Cohn-Bendit dans les bonnes pages de Libération. Pour rappel, ce dernier appelle à une « nouvelle façon de faire de la politique » lui dont les papates gourmandes tapent dans tous les pots de miel politiques (trotskisme, écologie, jolies colonies de vacances, députation en Allemagne quand le vent tourne, etc etc.) et dont les sensibilités jouent au yoyo depuis pas loin de 40 ans. Amusant, amusant.
Bref, un bien piètre bilan pour ces élections qui auraient mérité mieux : un débat sur le grand Paris, sur la réforme des aménagements du territoire, sur la réforme des collectivités territoriales, sur la nécessaire décentralisation du pouvoir encore trop timorée, etc., etc. Ces débats attendront et c’est bien dommage. Seule certitude : si rien ne change, encore plus d’abstention à venir et encore plus de rejet de la politique.
***
Librement vôtre est membre du réseau LHC
















Le Modem possible recours des libéraux ! .… antinomie totale !
D’abord, dimanche ce n’est pas la gauche qui a triomphé et la France qui devient à nouveau à gauche, mais c’est simplement — la gauche des profiteurs de l’Etat réalisant toujours le même nombre de voix pour défendre son “os — les électeurs de droite qui n’ayant plus de champions sont restés chez eux ! Pas plus difficile à analyser que cela.
L’UMP et ses menteurs ne sont plus crédibles et ne seront plus crédibles pour représenter une force d’opposition à la gauche. Oublions la. Cette force d’opposition doit se construire ex-nihilo tant tous les partis existant actuellement sont des constructivistes étatiques qui n’ont comme programme final que de mettre les individus sous tutelles. Comme pour réussir le redressement de la France il faut moins d’Etat et moins de services publics, aucun d’entre eux n’est qualifié et ne serait pas crédible vis à vis de la majorité des français, à droite et qui se sont abstenus.
Alors le Modem en enlevant son chef serait-il la structure nécessaire pour y faire cette greffe ? L’arbre est vérolé, comment penser qu’une telle greffe pourrait prendre ? Autant aller faire cela sur le NPA de Besancenot, car eux n’ont pas de structure d’édiles locaux à faire vivre ce qu’à justement le Modem comme tous les autres et qui est antinomique de prêcher demain pour moins d’Etat.
Me direz-vous qu’il ne peut y avoir de conquête électorale en France sans avoir sur tout le territoire ces réseaux d’influence partisans ! C’est aussi cela dont les abstentionnistes ne veulent plus. Donc, avec les médias et internet en particulier il s’agit de reconstruire un mouvement nouveau mais avec un vrai programme de redressement de la France qui parle aux électeurs et les séduisent jusqu’à les faire retourner aux urnes et cela passe par un programme de salut public radical qui passe déjà par la réduction drastique de l’Etat et de son rôle pour demain.
Avec bien sur déjà l’interdiction de bloquer la France par les agents de ce même Etat. Sinon il n’y a pas de réformes possibles comme on le voit depuis des décennies. etc etc.
Tout le reste c’est faire de la politique comme hier et on voit où cela mène, .… à rien.
On peut bien sur attendre que ce soit le FMI qui nous l’impose ! Tout porte à croire maintenant que c’est pour bientôt.
Il y a plus de libéraux au MoDem que partout ailleurs, en dehors de l’Alliance Centriste et du Nouveau Centre.
Vous faites erreur sur Bayrou : c’est le seul qui ne crache pas sur les libéraux à l’heure actuelle. Pour ma part, j’aimerais faire évoluer ce parti vers une véritable formation libérale-sociale.
Ce ‘n’est pas perdu, car il y a des bons fondamentaux (défense de la libre entreprise, souci de l’équilibre des comptes publics) en préambule dans le projet de ce parti.
Je travaille à l’amendement progressif de son programme. Vous verrez, les choses évolueront.
Salut,
@ Benoit : il me semble que c’est le choix stratégique qui avait été fait par Alternative Libérale au moment de la présidentielle (soutien à Bayrou), et j’avais trouvé ça un peu con. Tu veux dire “infiltrer le modem et le transformer en parti libéral” ?
@ L’hérétique : ça veut dire quoi “libéral-social” ?
ça veut dire que je mets la liberté en premier et le social en second, plutôt que social-libéral qui met le social en premier et la liberté en second
Brillant, comme d’hab…
@Libéralisateur,
je suis d’accord avec la plupart des points que vous soulevez. Toutefois, je rejoins l’Hérétique lorsqu’il dit que le Modem est travaillé par un certain nombre de courant de sensibilité libérale. C’est Bayrou qui a trahi sa base en menant la barre à gauche.
@ Lomig
Je pense que Bayrou a vraiment fait beaucoup de mal au Modem. La stratégie d’Alternative libérale aurait pu marcher, hélas, mal conduit, le Modem est allé dans le mur. Je suis sur qu’avec un leader moins tourné sur son nombril et plus à l’écoute des libéraux, il y aurait beaucoup à faire. L’UMP est pourri et vérolé. C’est acquis. Le PS n’en parlons même pas. Il reste le Modem. Une fois Bayrou parti, il y aurait des choses intéressantes à faire. L’idée : un parti qui ne vise pas nécessairement à mettre un bonhomme à la présidence mais qui vise à être un parti d’alliance et à faire passer un certain nombre d’idées dans un programme commun.
Merci à vous tous pour vos commentaires
@ L’hérétique : la liberté, je commence à savoir un peu ce que c’est. “le social”, c’est quoi exactement…? Ce terme est vague, et je n’aime pas trop les expressions comme libéral-social, ou justice sociale, ou conflit social. Le mot social a la caractéristique de vider de leur sens les mots auxquels on l’accole. Donc, qu’entends-tu par “social” ?